Patrimoine religieux : un soutien adapté aux projets de réhabilitation

 

La semaine dernière, les intervenants du patrimoine religieux de la Ville de Québec ont pu en apprendre davantage sur la composition du comité de travail qui s’intéressera à sa conservation. Pour faire un bref rappel, une enveloppe de 30 millions sur dix ans a été attribuée par la Ville de Québec et le ministère de la Culture et des Communications pour la préservation de huit églises sur le territoire de Québec. Bien que certaines personnes remettent en question le choix des huit églises, il faut reconnaître que peu d’administrations municipales ont pris un tel leadership pour la mise en valeur de leur patrimoine religieux. À ce titre, cette mesure annonce de bonnes nouvelles pour les fabriques paroissiales et les différents projets de réhabilitation concernant ces huit églises.  

 

À titre de gestionnaire de projets de requalification porté par des citoyens, j’étais impatient d’en apprendre davantage sur la constitution du comité de travail et sur l’attribution du financement. Quoique j’ai toujours hâte de connaître les modalités d’attribution du financement encore non défini, j’étais heureux d’enfin savoir l’identité des neuf membres du comité. On y retrouve une très belle brochette d’experts en patrimoine, incluant un historien, un géographe, un architecte, etc. Je dois admettre que j’aurais aimé y voir un peu plus de femmes, de jeunes de la relève en patrimoine et de gestionnaire de projet de requalification, mais je suis convaincu que les nominés sauront écouter attentivement les fabriques et les organismes porteurs de projets. Cela est d’autant plus important que de tels projets sont à la fois complexes et monumentaux. Quoique la volonté d’une communauté est une nécessité et un atout pour le développement de tels projets, ils exigent non seulement l’appui d’une diversité de parties prenantes, la mobilisation d’une diversité d’experts, une coordination centrale et d’importants investissements financiers. Ce programme est ainsi plus que le bienvenu.

 

Pour que le programme soit bien adapté aux besoins des acteurs au cœur des projets,  Il est essentiel de tenir compte des défis qu’impose la requalification de monuments patrimoniaux. Je me permettrai donc ici de présenter certains enjeux financiers. Non pas qu’ils soient les seuls enjeux, mais il s’agit d’un programme d’attribution de… financement.

 

Pour les néophytes, la mise en valeur du patrimoine religieux passe souvent par la réalisation d’un carnet de santé du bâtiment. Comme son nom l’indique, cette analyse en architecture et en ingénierie permet d’identifier les qualités et les vices d’un bâtiment et de chiffrer monétairement les investissements à réaliser. Il permet aux fabriques de phaser les investissements à réaliser en identifiant les travaux à réaliser immédiatement et ceux qui peuvent être faits dans dix ans.

 

Une telle analyse est aussi essentielle à tous projets de réhabilitation puisque ceux-ci reprennent souvent des bâtiments fermés depuis plusieurs années dont l’état est déplorable et pour lesquels il faut connaître l’état des lieux. Par contre, l’analyse est loin de s’arrêter là. À la différence des fabriques, il faut aussi développer un projet structurant qui sera à même de pérenniser dans le temps le patrimoine et l’histoire que renferment ces lieux de mémoire.

 

Requalifier une église c’est non seulement améliorer son état et la mettre aux normes, mais aussi repenser l’utilisation de ces grandes nefs aussi belles que monumentales. Phaser l’aménagement intérieur devient très difficile, car nous devons non pas uniquement mettre à neuf, mais aussi réaménager totalement l’espace à l’aune des nouvelles fonctions identifiées. Pour des raisons tant d’architecture que d’ergonomie de l’espace, le phasage des travaux est loin d’être optimal. Il est non seulement nécessaire de poser le système de chauffage, le câblage ou encore la tuyauterie la même année, mais serait aussi absurde de le faire sur plusieurs années compte tenu de l’augmentation de coût que cela engendrerait. De plus, au niveau de l’utilisation de l’espace, il est très difficile de réaliser des travaux dans une nef sans nuire aux activités ordinaires du lieu. On imagine mal un travailleur autonome ou une entreprise accepter de travailler dans le bruit des travaux et dans la poussière qui circule dans la nef.  Puisque plusieurs projets de réhabilitation ne peuvent être phasés de par leurs caractéristiques,  il est essentiel de leur attribuer un important financement dès le début si nous souhaitons les soutenir adéquatement.

 

Je ne peux alors que souhaiter que le comité de travail ait une vision innovante, inclusive et communautaire du patrimoine. Une consultation approfondie d’autres acteurs, notamment de responsables de projets déjà réalisés ou en cours de réalisation, est essentielle pour définir les critères du programme de financement. Ce dernier sera alors non seulement plus adapté au besoin du milieu, mais aussi plus efficace dans son application. Tout le monde en sortira gagnant.

Édouard-Julien Blanchet

Coordonnateur de l'organisme Espaces d'initiatives.

 

 

 

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