Patrick Lavallée, artiste - Atelier du Gosseux

 

Patrick Lavallée est né avec une âme d'artiste. Originaire de Saint-Hyacinthe, il habite maintenant à Cacouna dans la magnifique région du Bas-St-Laurent.  Il se présente comme un rêveur qui surfe sur son imaginaire et sa démarche est avant tout, une démarche personnelle. C'est avec une grande générosité qu'il a répondu à nos questions sur son travail d'artiste et l'art populaire!

 

Parlez-nous un peu de vous:

 

L'art colore mon quotidien. Je suis un passionné d’art populaire. Ethnologue de cœur, je suis passionné d'histoire du Québec, de nos racines et de légendes. Je passe donc par le GOSSAGE d’art populaire pour créer des scènes découlant de mes passions. L’art populaire est pour moi un art identitaire, une forme de militantisme de la fierté de ce que nous sommes.

 

Je suis un autodidacte rêveur de GOSSAGE naïf, sans règles et sans dogme de la beauté, sauf celle du cœur et des yeux. L’art populaire m’a interpellé dans une période de ma vie où je me cherchais, sans trop savoir ce que je faisais, ni pourquoi je le faisais. Mais chose sûre, j’écoutais mon cœur, j’écoutais ce qui me faisait vibrer.

Mon côté imaginaire et créatif est très présent dans ma vie et dans l’approche de celle-ci. J’ai toujours deux ou trois pièces de débutées et je complète celle qui me parle à l’instant présent, celle qui m’inspire. Je n’aime pas les plans et l’organisation méthodique. Je suis mon cœur, mon instinct et ma créativité. Je suis un «esprit libre», quitte à aller nulle part aux yeux des gens, au moins j’irai où bon me semble, là où ma création me mène.

 

J’ai quelques pièces qui sont maintenant dans des musées, et j’ai moi-même mis sur pied un musée pour la mise en valeur de cet art de cœur.  Je veux que cette forme d’art passe le temps, les époques et les modes – qu’elle ne s’assimile pas dans le temps.

 

 

Pouvez-vous nous résumer votre démarche artistique?

 

Le mot clé de ma démarche est «mémoire», mais plus précisément la mémoire du NOUS. Je suis un GOSSEUX d’art populaire, un récupérateur de «patentes», de scènes du passé, et de légendes du Québec.

La lecture sur notre histoire, mes recherches sur notre passé, mon intérêt pour notre patrimoine bâti et oral, m’a amené à me questionner : «Qu’est-ce que je vais laisser de mon passage comme humain?»

 

L’art populaire m’a permis, en toute humilité, d’avancer sur le sentier de ma quête, de laisser une trace. Le Musée de la civilisation de Québec a choisi l’une de mes pièces, La Voilière, et en a fait l’acquisition lors d'un concours. Il y a des pièces que j’ai vendues lors de festivals d’art populaire qui dureront dans le temps et ma présence est consacrée comme GOSSEUX dans le livre d’Adrien Levasseur L’art populaire dans le paysage québécois. De plus, je veux laisser un héritage pour ceux qui me suivront, mes descendants ou d'autres. J’ai, dans ma démarche, créé des «boîtes à mémoire» dans lesquelles je garde des souvenirs quotidiens, des billets de spectacles, des photos et des articles de journaux.
 

J’écris aussi au quotidien dans mon carnet du flâneur sur ce que ma famille et moi vivons. Je suis rendu à ma 9e boîte à mémoire et mon 14e carnet du flâneur de 300 pages. J’y inscris plein de souvenirs, de beaux moments et des plus tristes - la vie est faite ainsi. Il est surprenant de reprendre un carnet au hasard et relire un moment vécu. Cela me permet de revivre une émotion précise, comme une photo Polaroid. Cette démarche me fait réaliser que nous oublions rapidement ce que nous avons vécu.

 

Ces boîtes feront partie de mon legs pour «la suite du monde», pour mes filles, mes petits-enfants, et pour les gens qui me suivront. J’aurais aimé avoir ce genre de legs de mes ancêtres pour mieux les comprendre. Au fond, je voudrais, par ma passion, passer un flambeau de fierté de notre identité et des raisons multiples de se tenir debout par mon art, par notre histoire et par notre patrimoine. Malheureusement, au Québec on est beau, mais nous sommes gênés de le dire, de le croire. Les vieilles valeurs judéo-chrétiennes du «né pour un petit pain» sont tristement imprégnées dans une pensée formatée. Nous sommes différents, nous sommes uniques dans notre créativité, notre musique, notre théâtre, notre langue, notre terroir et bien plus! Soyons fiers, cessons d’être gênés, et osons!!!

 

Qu’est-ce que l’art populaire? 

 

Je n’ai pas la prétention de dire que j’ai «LA» définition précise, mais l’art populaire n’a pas avantage à être abordé de façon trop rationnelle, car il n’a rien de cartésien. Au contraire, il n’y a pas de règles ni dogme préétabli. La force de l’art populaire est sa naïveté et le fait que la personne qui GOSSE soit autodidacte en art.

Au fond, tout le monde peut GOSSER de l’art populaire, il faut seulement laisser l’enfant en nous créer, sans rien lui imposer, sans trop réfléchir, sans règles. Nous sommes notre pire ennemi créatif en nous jugeant trop sévèrement, en voulant plaire.

 

L’art populaire est simple et ne se regarde qu’avec les yeux du cœur, sans trop chercher un sens. Il est malheureusement un art méprisé par «l’establishment» du monde des arts. Peu de lieux le mettent en valeur en exposant ou en le vendant. Toutefois, peu de gens savent que certains GOSSEUX ont des pièces partout dans le monde et que ces pièces sont très recherchées.

 

L’art populaire est un art identitaire, un art de cœur, un art du peuple. Il a commencé à l’époque où les gens vivaient au rythme des saisons et il se pratiquait dans les périodes de repos à partir de ce que les gens avaient sous la main. Que ce soit des jouets faits avec des bouts de bois, des catalognes avec des vêtements trop usés ou des tapis crochetés. L’art populaire comporte plusieurs volets. Notre génération n’a rien inventé en parlant de récupération. Nos ancêtres le faisaient bien avant nous! Le geste n’était pas une tendance ou une conscientisation subite, mais bien une obligation: «pauvreté oblige intelligence et débrouillardise».

 

Chaque rang, chaque village avait ses PATENTEUX et ses GOSSEUX : des marginaux aux yeux des gens. Mais il faut comprendre que l’œil perçoit ce que le cerveau connait. Donc on a des gens qui, à la limite, ne savaient même pas qu’ils faisaient de l’art. Ils créaient pour passer le temps. La naïveté du geste n’avait pas pour but premier de faire de l’argent, ni d’être connu, mais juste de se «lâcher lousse». Les pièces GOSSÉES étaient souvent influencées par le milieu de vie du GOSSEUX et la matière disponible.

 

D’où vient votre inspiration de créer des œuvres d’art populaire ? 

 

J’aurais aimé être ethnologue ou historien et je suis passionné par les traditions orales et le patrimoine bâti. Considérant que la vie m’a menée ailleurs, je peux maintenant, avec mes mains, me reprendre en GOSSANT des morceaux d’histoire et en étant un «artistico-ethnologiste»!!!

 

Quels sont les thèmes présentés dans vos œuvres ?

 

Les légendes du Québec et les scènes du passé, de notre histoire et la façon dont vivaient de nos ancêtres. Nous avons dans nos racines génétiques des hommes forts et des femmes qui ont su innover. Des gens d’une force hors du commun, de par leurs efforts et leur créativité mélangés avec de l’huile de bras et de la «jarnigouenne». Que serions-nous sans leurs efforts, leur détermination?

 

Ce sont toutefois des héros obscurs, car notre mémoire ne se souvient pas et ils ne sont pas mis en valeur dans notre éducation. Ce sont des grands oubliés que Serge Bouchard m’aide à me souvenir par ses écrits et ses émissions. Qu’Alexandre Belliard cultive en nous faisant chanter avec ses chansons «Légendes d’un peuple».

 

Au fond, tout comme dans l’art populaire, nos ancêtres ont su faire quelque chose avec rien. Je pratique une forme d’hommage à leur mémoire, pour des métiers, des activités quotidiennes et des actions qui n’existent plus que dans la mémoire.

 

Je suis un militant à ma façon pour notre identité, pour que cette forme d’art ne disparaisse jamais. Lors d’une conférence dans une école où je contais la légende de la chasse-galerie, j’ai réalisé que les jeunes ne connaissent pas, ou peu, nos légendes et les façons dont vivaient nos ancêtres. Qu’ils ne savaient pas que leurs grands-pères avaient été bûcherons dans des camps, qu’ils avaient vécu des périodes difficiles dans des familles de 12 personnes, que des mères nourrissaient la famille par leur cuisine, que la première fois que les femmes ont pu voter n’est pas si loin, que des femmes se sont battues pour leur liberté, que le Québec a connu des soulèvements. Donc, je veux par mes GOSSAGES créer et reproduire des pans d’histoire qui me touchent. Si une personne passe, regarde mes pièces, et apprend quelque chose de nouveau, j’aurai le sentiment d’avoir fait un pas de plus dans ma quête.

 

Quel dialogue souhaitez-vous créer avec les spectateurs?

 

D’abord, l’art populaire est un art qui fait sourire, mais aussi qui amène à réfléchir, à analyser, car l’art populaire est une façon surréaliste, originale et colorée de représenter la réalité. Je veux aussi amener les gens à se souvenir.

 

Par l’art populaire, je veux que l’instant où les gens regardent mes pièces les amène à vivre le moment présent en oubliant le temps, le stress, les nouvelles sombres du quotidien. Je veux que les gens n’oublient pas notre histoire, nos légendes. Ces mêmes légendes qui ont jeté le drap de mystère sur notre histoire, sur les soirées et sur notre enfance à l’époque où les gens priorisaient le «parlage», le «contage» et l’humain… plutôt que le «pitonnage»! C'est la mémoire qu’on leur racontait, les légendes comme le Bonhomme Sept Heures, la Chasse-Galerie ou les façons de vivre de nos ancêtres.  Il faut lire, stimuler notre imaginaire et nos rêveries et réfléchir. Je passe donc par le GOSSAGE d’art populaire pour créer des scènes découlant de mes passions. L’art populaire est pour moi un art identitaire, un art de cœur, une forme de militantisme artistique et de la fierté de ce que nous sommes et les GOSSEUX sont des porteurs de tradition.

 

Où peut-on voir ou se procurer vos œuvres?

 

Dans les festivals et dans mon petit musée privé. J'ai aussi une page Facebook nommée : Atelier du gosseux.

Je crée à partir de mon atelier à la maison. De plus, considérant que j’ai la chance d’avoir une maison trois saisons dans le Bas-St-Laurent, une région qui était très populaire avec les touristes à l'époque, j’ai décidé de me créer un lieu à moi, un musée privé afin d’exposer mes pièces. Comme une extension de mon imaginaire vers le réel, où j’ai inscrit à l’entrée: «bienvenue dans un morceau de mon univers».

 

Je m'autosuffis, car lors de la vente de pièces, je procède à l’achat de pièces d’art populaire de GOSSEUX dont j’aime le style, des affiches descriptives de l’art populaire sur les styles, les thèmes et les origines. De plus, j’ai reçu une bourse du Conseil de la culture de Saint-Hyacinthe avec laquelle j’ai fait produire des affiches sur les légendes du Québec, afin que les gens qui passent puissent apprendre, se souvenir.

 

De plus, je participe à des expositions et des activités de mise en valeur de l’art populaire où je vends des pièces et parle de ma démarche. Mais au-delà de tout, il y a les rencontres humaines, des partages sur des morceaux de vie reliés aux légendes, aux modes de vie du passé et à l’émotion que mes GOSSAGES procurent. La vie de GOSSEUX m’amène plein de beau!!!

 

En résumé, que veut dire le patrimoine pour vous ?

 

Le patrimoine pour moi,  c’est les traces de raquettes que nous laissons l'hiver dans la neige derrière nous. Le patrimoine est l'essence de notre identité et il ne faut pas perdre de vue que ce que nous faisons aujourd'hui sera peut-être le patrimoine de demain!  Soyons fiers et conscients de la trace que nous laisserons. Le patrimoine implique donc une conscience sociale contemporaine, une possibilité d'influencer positivement ce que seront nos prochaines traces de raquettes.

 

Mais n’oublions surtout pas que les traces derrière nous, tout comme le patrimoine, sont ce que nous sommes devenus. Les traces ont toute leur importance, car elles représentent les étapes et les évènements qui nous relient à l’origine de notre route. Nous pourrons ainsi mieux avancer sur le sentier de notre histoire afin de bâtir notre patrimoine sans avoir peur que la poudrerie de l’ignorance efface où nous sommes rendus.

 Tanya Lanaville

 

L'une des trois cofondatrices d'Intervalles, Tanya est la coordonnatrice de projets et de l'administration. Artiste dans ses temps libres, ce qui la fait vibrer sont les arts, le patrimoine artistique et les traditions! Elle s'intéresse aussi au management et la gestion de projets pour mieux mettre de l'avant les stratégies créatives qui inspireront et informeront notre grand public!

 

Please reload

© INTERVALLES 2015-2019