Minimalisme : l’essentiel, c’est le patrimoine

08/11/2018

 

C’est peut-être Google qui a bien analysé mes données personnelles, mais il me semble que le minimalisme est un sujet bien populaire ces temps-ci sur Internet. Il y a Netflix et son documentaire éponyme, les multiple vidéos et articles « 10 Ways to Be a Minimalist », l’esthétique minimale des photographies Instagram et bien d’autres podcasts, blogues et groupes Facebook. Certains y voient une mode dont la popularité n’est que passagère, d’autres affirment qu’il s’agit d’une réaction, voire d’une solution, à la société de surconsommation.

 

Il y a plusieurs définitions du minimalisme. Je vous propose la mienne: le minimalisme est un mode de vie qui vise à se dépouiller du superflu, de manière à profiter plus pleinement et plus consciemment de l’essentiel. La signification du superflu et de l’essentiel varie évidemment d’une personne à l’autre, et ce ne sont pas tous les minimalistes qui vivent dans un intérieur épuré style scandinave ! L’idée est plutôt de déterminer ce dont on a réellement besoin selon nos valeurs et nos priorités, plutôt que d’être dans l’impulsion de l’achat et dans l’accumulation physique ou mentale de l’inutile. Que ce soit sur le plan environnemental, économique ou même de la santé mentale, il a de nombreux bienfaits à accepter que l’abondance découle parfois de la simplicité.

 

Je ne me considère pas comme une minimaliste (j’aime peu les étiquettes en général), mais je tends vers certains principes minimalistes et plusieurs de mes choix de vie pourraient être considérés comme minimalistes. Dans ma vie personnelle, le superflu c’est le maquillage, c’est l’alcool, ce sont les produits d’origine animale, c’est de changer de bijoux tous les jours, c’est l’idée de devoir « rester à la mode ». Bref ce sont toutes ces choses que j’ai arrêté de consommer et ces comportements que j’ai abandonnés, car je les vivais comme un poids plutôt qu’un plaisir. Dans ma vie personnelle, l’essentiel c’est d’acheter peu mais mieux en respectant mes convictions, c’est de réduire mes vêtements à mes items préférés, c’est de passer du temps avec les personnes qui me sont chères. L’essentiel pour moi, c’est aussi le patrimoine.

 

L’affirmation pourrait paraître contradictoire. Certains conçoivent le patrimoine comme l’accumulation de reliques du passé, ces vieilles choses que l’on traîne d’une génération à l’autre et qui ne sont qu’un gaspillage d’espace, d’argent et de temps. Certains pensent qu’il faudrait faire le ménage des villes comme des garde-robes, en se débarrassant des vieux bâtiments comme des vêtements usés que l’on ne porte plus. Certains pensent que tous ces rituels ancestraux, ces métiers préindustriels et ces légendes à la morale périmée ne correspondent plus aux besoins réels du présent, qu’ils ne sont conservés que par sentimentalité comme des boites pleine de poussière au grenier.

 

Pour ma part, je perçois plutôt cette volonté de rayer le passé comme l’achat impulsif de la nouvelle collection d’une grande marque. C’est l’idée de vider ses tiroirs pour accommoder notre fascination pour le neuf et l’esthétique à la mode, sans qu’il n’y ait nécessairement de réflexion sur le long terme, sur ce que ça apportera de significatif à la collectivité en échange. Soyons clair, je ne suis pas partisane du « garder pour garder », mais je crois comme personne et comme citoyenne qu’il faut miser sur la qualité et la durabilité. Pourquoi détruire la diversité des témoignages des époques si c’est pour le remplacer par du générique et de l’éphémère? Cela vaut pour nos traditions comme pour nos milieux de vie. Pourquoi ne pas profiter de la richesse de nos archives et de nos traditions, s’inspirer des réalisations et de la mémoire de nos prédécesseurs pour s’inscrire dans une démarche collective façonnée au fil du temps? Dans nos villes par exemple, peut-être faudrait-il construire moins, mais construire mieux. Et ça, ça signifie conserver, prendre soin et réutiliser ce qui est déjà là : le patrimoine.

 

Dans ma vie professionnelle, je conserve; dans ma vie personnelle, je désencombre. Mais la logique est la même : définir ce à quoi on accorde une réelle valeur, comme collectivité ou comme individu, pour en profiter le plus longtemps possible. Je préfère que les collections soient dans les musées plutôt que dans mes placards!

 

Jessika Poirier

 

Cofondatrice d’Intervalles - Espace patrimoine, Jessika est une optimiste invétérée qui aime découvrir le monde une anecdote et un bâtiment à la fois. Passionnée des mots et du patrimoine, elle combine ces deux intérêts dans sa vie professionnelle comme dans sa vie personnelle.

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