Loire et Quarts de Chaume

16/08/2018

 

C’est un peu de façon inattendue que nous en sommes, ma copine et moi, à passer l’année au bord de la Loire. Ce plus long fleuve de France, qui sillonne le paysage de la Loire-Atlantique jusqu’en Ardèche, est un magnifique cours d’eau que nous avons d’abord boudé. Parfois, quand on quitte ceux qu’on aime trop vite, on boude. Aux abords de Nantes, nous lui avions préféré l’Erdre, son très très petit frère qui semblait plus sauvage, plus rebelle, et sans doute moins prestigieux de renom. Tiens-toé!

 

Pourtant, la Loire nous a peu à peu conquis, précisément vers Le Cellier, Champtoceaux, puis vers Blois et Orléans. Enfin, elle nous a fidèlement conduites près d’Angers, par un samedi ensoleillé vers une découverte inusitée, une toute petite parcelle viticole de tout juste 40 hectares riches d’une histoire que je partagerai avec vous ici : le Quarts de Chaume.

 

J’avoue que l’œnotourisme est probablement le type de randonnée que je préfère: on marche moins, ça brûle moins de calories c’est certain, mais c’est tout aussi doux pour l’âme. Ça permet même aux plus réservés et timides d’entre nous de faire de belles rencontres humaines, grâce à un facilitateur, ledit nectar des dieux. C’est donc au prestigieux Domaine des Baumard, à peine quelques heures après avoir découvert l’existence du très prisé Quarts de Chaume que nous sommes chaleureusement accueillis pour une dégustation, mais tout d’abord : c’est quoi le Quarts de Chaume?

 

​​Le Quarts de Chaume est un vin blanc liquoreux composé de chenin blanc, dont la création remonte au Moyen-Âge. Il est produit sur la commune de Rochefort-sur-Loire, le nom Quarts de Chaume fait référence au paiement de la dîme que les vignerons de l’époque devaient donner à l’abbesse du Ronceray d’Angers. Cette dîme correspondait au quart de la récolte et constituait la sélection du meilleur coteau exposé au midi, produite dans le tènement de Chaume.

 

Les raisins étaient récoltés manuellement et à surmaturité. Nous sommes alors vers le 15e siècle. Aujourd’hui, le Quarts de Chaume possède son appellation AOC et se distingue par son élégance. On recense actuellement tout juste une vingtaine de producteurs. Je ne serais pas tenté de comparer du champagne à du 7up si l'unique corrélation est qu’ils ont tous les deux des bulles; alors même si le côté liquoreux du Quarts de Chaume m’a d’abord fait pensé à du cidre de glace, je vais immédiatement clore ce paragraphe… C’est tout de même curieux cette nécessité qu’on a à l’étranger de tout comparer à ce que l’on connaît de chez soi!

 

Si certains monuments, certains tableaux, certains morceaux de musique font voyager, je crois que le goût peut parfois nous transporter vers d’autres époques. Tout particulièrement en dégustant des alcools qui mûrissent lentement! J’ai entre autres goûté un millésime 2007. Je faisais quoi déjà il y a 11 ans? J’étais où en 2007? La maturation prend son temps et je ne fais pas référence ici qu’à l’alcool.

 

Ce qui m’a d’abord conquise du Quarts de Chaume, c’est une note sur une fiche technique de dégustation qui précise qu’il faut le boire en compagnie soit des amis (les meilleurs) ou de l’être cher, avec un foie gras (si l’être cher n’est pas végane), sinon devant une cheminée ou un coucher de soleil. Le Quarts de Chaume est un véritable bijou intemporel à partager, il m’a ramené des souvenirs du Québec qui me manque depuis plusieurs mois : oui les sucs résiduels font voyager. Et puis, en m'y intéressant, il m’a plongé dans le temps, au Moyen-Âge en France, en me dévoilant une partie de son patrimoine. Un pont fût emprunté, tout simplement, et coucher de soleil il y eut.

 

Si vous êtes curieux, ou si un excès de joie de vivre vous pousse à ignorer la valeur que l’on accorde à l’argent, la demi-bouteille se vend à l’empire monopolistique de la SAQ pour la modique somme de 60,00$. À ce prix là, préférez donc un voyage en Maine-et-Loire, vous pourrez déguster plusieurs millésimes gratuitement et vous procurer une bouteille pour 25 euros. Et en plus, vous verrez que « les maudits Français » ils sont bien heureux et fiers de rencontrer des Québécois.

 

Valérie Magoon

Valérie Magoon est titulaire d'un baccalauréat en études littéraires et candidate à un doctorat en sémiologie qu'elle a laissé sur pause à l'UQÀM. Avec des diplômes peu valorisés en milieu de travail, après s'être improvisée réceptionniste, adjointe en immigration, responsable de réseau, elle a finalement décidé de suivre ses passions et a fait ses classes à l'École des Métiers de la Restauration et du Tourisme de Montréal. DEP Cuisine en main, après une année comme cuisinière au restaurant gastronomique Rose Ross dans le Vieux-Rosemont, Valérie est maintenant en Loire-Atlantique en France où elle cuisine pour une petite famille. Elle apprend la pâtisserie et fait du bénévolat à titre d’adjointe à la coprésidente pour Les Nomades, une association éco-solidaire qui gère une bibliothèque de vêtements libre et solidaire. Professionnellement, elle trouve l’équilibre entre le voyage, la découverte et une cuisine de partage. En octobre prochain, elle parcourra à pied, 150km sur le chemin d’Arles sur la route de Compostelle, avant de rentrer à Montréal.

 

 

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