So Long Leonard : un hommage réussi

24/02/2018

 

Dans le cadre du 375e anniversaire de Montréal, le Musée d’art contemporain de Montréal présente du 9 novembre 2017 au 9 avril 2018, l’exposition Leonard Cohen : Une brèche en toute chose / A Crack in Everything sur l’œuvre, la vie et l’héritage du poète et auteur-compositeur-interprète Leonard Cohen.

 

L’automne passé, j’ai emprunté la voiture de mon copain pour faire un aller-retour Montréal-Sherbrooke. Je partais à 22 h et j’avais besoin de musique pour me garder alerte et réveillée. Il n’y avait qu’un seul CD dans sa voiture : You Want it Darker, le dernier album de Leonard Cohen, paru peu de temps avant son décès le 7 novembre 2016.

 

Je l’avoue, je n’étais pas très enthousiaste. Bien sûr, je connaissais quelques grands titres de Cohen, comme Hallelujah, mais toujours interprétés par d’autres. Dans les rares occasions où j’avais entendu la voix grave de Cohen, elle m’avait assez râpé les oreilles pour que je me dise : « Merci, mais très peu pour moi. » Mais bon, il faisait nuit, la radio grichait et la route monotone s’étirait entre les arbres; j’allais bien donner une chance à cet album. Pour compenser mes présupposés, j’ai concentré mon attention sur les paroles. Et puis tout d’un coup, la poésie des textes a complètement bouleversé mes perceptions : les mélodies me sont devenues plus douces à l’oreille et je n’aurais troqué l’honnêteté et la fragilité de la voix caverneuse pour aucune réinterprétation. J’ai été happée par l’univers et fascinée par la beauté et l’émotion de nombreux passages.

 

Quand j’ai vu dans les semaines suivantes les grandes affiches publicitaires du Musée d’art contemporain de Montréal annonçant une grande exposition sur Leonard Cohen, j’ai immédiatement eu envie d’aller en apprendre davantage sur ce Montréalais d’exception et l’influence de son œuvre. Bien que j’aie un peu tardé avant de mettre cette résolution à exécution, je n’ai pas été déçue !

 

L’exposition Leonard Cohen : Une brèche en toute chose comprenait aussi une projection hors site sur le Silo no 5 du 7 au 11 novembre, des concerts à la salle de spectacle du Gesù, et j’en passe. Pour ma part, je me suis contentée de la vingtaine d’œuvres présentes directement dans les salles du musée et, franchement, je ressors de ma visite plus que satisfaite. Évidemment, certaines œuvres sont plus opaques que d’autres (c’est un musée d’art contemporain quand même !), mais l’équilibre entre le contenu plus accessible et celui plus hermétique permet à chacun d’y trouver son compte.

 

Le ton est donné dès la première salle avec Passing Through, une projection audiovisuelle sur trois murs, d’une durée totale d’une heure, présente des extraits de concerts de différentes époques, juxtaposant des prestations d’une même chanson à des décennies d’intervalles. Plus loin, l’œuvre de Kara Blake reprend un concept semblable, cette fois avec des projections d’extraits d’entrevues avec Leonard Cohen. Facile de rester assis longtemps à regarder ces archives qui nous dévoilent la vie et le travail, mais aussi l’humour et la vivacité d’esprit de Cohen.

 

 

Dans les deux cas, le contenu de ces vidéos permet de contrebalancer la muséographie dépouillée de l’exposition (il n’y a rien d’autre que les œuvres et leur cartel minimaliste) et répondait à ma soif d’information sur l’artiste lui-même. Précisons aussi que des sous-titres en français assurent une bonne compréhension aux visiteurs moins à l’aise avec la langue anglaise.

 

 

J’ai aussi eu un grand coup de cœur pour The Poetry Machine de Janet Cardiff et George Bures Miller. Au milieu d’une pièce sombre se trouve un orgue entouré de vieux hautparleurs dépareillés. Chaque touche déclenche le récit d’un fragment de poème par Cohen lui-même. Le volume des mots et le hautparleur de provenance varient. Un à un, des visiteurs peuvent s’assoir devant l’appareil : certains n’appuient que sur une note à la fois, créant un nouveau poème par la succession de passages hétérogènes; d’autres jouent des accords, et les multiples voix de Cohen s’élèvent de tous les côtés. Personnellement, j’étais plus adepte de la deuxième option, où les mots s’entremêlaient pour mieux nous envelopper.

 

Plus amusant, l’œuvre de Candice Breitz, où les enregistrements d’hommes de 65 ans et plus nous entourent sur 360 degrés, chantant l’album I’m your man. Ces Messieurs Tout-le-monde ne sont pas chanteurs professionnels, ils ont l’air d’un voisin, d’un oncle, d’un chauffeur de taxi qui s’appliquent à rendre hommage à leurs mélodies préférées et ils attirent rapidement la sympathie. Pour ceux et celles à l’oreille plus exigeante, il y a plus loin des reprises par Shaar Hashomayim Synagogue Choir, ainsi qu’une pièce d’écoute des interprétations par Ariane Moffatt, Dear Criminal, Half Moon Run et bien d’autres.

 

 

Enfin, il y a plusieurs œuvres interactives comme Hallelujah où l’on interagit avec le son ou I Heard There Was a Secret Chord où l’on peut fredonner en direct avec des gens de partout sur la planète. D’autres sont plus immersives comme I Think I Will Follow You Very Soon qui reproduit une pièce de la résidence de Cohen à Los Angeles avec un hologramme de l’artiste. Il y a aussi Depression Chamber où l’on est isolé pendant cinq minutes pour une expérience visuelles et auditives (que je n’ai pu faire malheureusement, découragée par la file d’attente d’un dimanche après-midi !).

 

Bref, il y en a pour tous les goûts et tous les sens ! Vous avez jusqu’au 9 avril pour aller le constater par vous même au Musée d’art contemporain de Montréal.

 

Amusez-vous bien !

 

Pour en savoir plus, visitez le site du MAC (ou pour acheter vos billets d’avance!) : https://macm.org/expositions/leonard-cohen/ 

 

Jessika Poirier

Cofondatrice d’Intervalles - Espace patrimoine, Jessika est une optimiste invétérée qui aime découvrir le monde une anecdote et un bâtiment à la fois. Passionnée des mots et du patrimoine, elle combine ces deux intérêts dans sa vie professionnelle comme dans sa vie personnelle.

 

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