Baja 1000 : Patrimoine sportif mexicain

Une course hors route historique de 1200 kilomètres dans le désert du Mexique à bord d'une Volkswagen Coccinelle, ça vous dirait?

 

Cette année, c'est le 50e anniversaire de la course Baja 1000, une course d'endurance chaotique qui traverse la péninsule Baja de haut en bas, d'Ensenada à LaPaz, par des routes plus ou moins praticables et qui met en vedette une variété éclectique de voitures, de camions et de motos. Comme 2017 est une grande année pour l'événement, les organisateurs en profitent pour commémorer plusieurs traditions de cette course légendaire.

 

Topo rapide : La course existe depuis 1967 sous le nom «Mexican 1000» qu'elle portait lors de sa première édition. Elle a été organisée en réponse à la médiatisation de records de traversée de la péninsule par des pilotes privés. C'est la course hors route sans interruption la plus longue au monde: contrairement aux rallyes d'endurance plus conventionnels comme le Dakar (anciennement Paris-Dakar), il n'y a pas d'étapes. Vous avez une quarantaine d'heures pour terminer le parcours, ce qui représente un exploit en soi, puisque le taux d'abandon parmi les centaines de compétiteurs inscrits chaque année frôle immanquablement les 50%. Il faut savoir que même si tous les véhicules aboutissent éventuellement en même temps sur le parcours, ils ne sont en compétition qu'avec les véhicules de leur classe. C'est une course contre la montre et celui qui termine le plus rapidement dans sa classe gagne la course. Chaque classe reçoit un trophée, et on offre un prix traditionnel pour le meilleur temps toutes classes confondues.

 

Les compétiteurs sont lancés par intervalle de 30 secondes, une classe à la fois. On commence par les motos très tôt le matin, et tous les autres véhicules à 4 roues suivent au courant de la journée, les plus rapides en premier. Tout le monde peut participer : vous payez le prix d'entrée, vous préparez votre voiture, et vous êtes dans la course parmi les meilleurs.

 

Voici une carte du tracé de 2017 :

 

Il ne s'agit pas de l'événement sportif le plus populaire de la planète, mais dans l'univers automobile, et surtout au Mexique et dans le sud de la côte ouest américaine, c'est une institution très bien implantée.

 

Gratuite pour les spectateurs, la Baja 1000 attire plus d'une centaine de milliers d'amateurs qui étudient le parcours à l'avance et se choisissent un «spot» pour établir leur campement et regarder des centaines de voitures passer au milieu du désert. La plupart des spectateurs sont debout ou assis sur des chaises longues aux abords de la piste ou près des sauts, d'autres vont se jucher sur des rochers ou des petites falaises pour voir l’action de haut. Les spectateurs sont également là pour participer : ils pointent le bon chemin quand la piste devient illisible, mais surtout, ils vont aider les compétiteurs en difficulté à réparer ou redresser leur voitures. Il n'est pas rare que les spectateurs se déplacent avec leurs outils, prêts pour l'action.

 

Bon, mais alors où est le patrimoine la dedans?

 

Depuis sa naissance, la Baja 1000 est un événement essentiellement familial et une large portion des équipes qui y prennent part sont des équipes de course multigénérationnelles. Plusieurs tentent leur chance année après année, se cotisant et se serrant les coudes pour vivre l’aventure de la course mythique à laquelle leur père et grand-père a participé, ou participe encore. L'équipement et l'expertise se transmettent d'une génération à l'autre, comme dans le cas de la famille DeVercelly et de Bob Weatherman Steinberger.

 

 

Transmettre une passion : la famille DeVercelly

 

La famille DeVercelly a participé à la Baja 1000 pendant 4 générations. J’ai eu le plaisir d’échanger quelques courriels avec Ginny DeVercelly qui m’a fourni plusieurs photos et articles d’époque documentant l'implication de sa famille dans cette course.

 

En 1967, quelques années après qu'Andy Sr. «Pop» DeVercelly ait installé sa famille à San Diego, son fils Andy Jr. et lui tombèrent par hasard sur une annonce classée concernant une course appelée le Mexican 1000, traversant la Baja de Tijuana jusqu'à LaPaz. Ils décidèrent d’inscrire deux «buggies» dans ce qui allait devenir un des événements motorisés les plus populaires au monde. Pop remporta la course, tandis qu'Andy Jr. termina en troisième place.

 

Leur voiture jaune, qui fut surnommée Bull Fighter à cause d’un incident avec un boeuf durant ce Mexican 1000, fut transmise en 1974 au petit-fils Andy III qui couru jusqu'en et 1975.

 

Andy III et Andy Jr. participèrent ensuite ensemble durant les années 80 en classe Baja Bugs 5/1600 sous le nom «Coronado Racing Team» avec leur voiture blanche nommée Ginny Marie et connurent beaucoup de succès en remportant  deux championnats consécutifs.

 

Andy IV, le petit-petit fils, court lui aussi et a même fait équipe avec Andy McMillin, issu d’une autre famille influente de ce sport.

 

Une réplique de leur légendaire buggy Bull Fighter est maintenant au musée de l’automobile de San Diego, alors que l’original fut restauré et inscrit au Mexican 1000 de 2013 (une autre course organisée par NORRA) dans la classe Vintage, qu'elle a remporté. Trois générations de DeVercelly se sont succédé au volant durant les 1000 miles de la course. Du patrimoine roulant!

 

La Baja Bug Ginnie Marie est aussi en restoration pour une possible participation à la Baja 1000 de 2018.

 

SCORE International, qui organise la Baja 1000 depuis 1975, a d’ailleurs instauré une classe Vintage cette année pour faire participer les voitures et camions historiques.

 

Andy III et IV courent au volant du 1256 cette année, et plusieurs autres véhicules restaurés prendront part à la course à l'occasion du 50e anniversaire.

 

Un merci spécial à Mme Ginny DeVercelly, qui m'a fourni toutes les photos de famille présentes dans l'article, ainsi qu'au Musée de l'automobile de San Diego.

 

 

 

Transmettre par les ondes : Bob "Weatherman" Steinberger

 

Une Baja 1000 sans Weatherman n'est pas une Baja 1000. Weatherman n'est même pas un pilote, ni une attraction touristique, ni un organisateur. Weatherman est le surnom de Bob Steinberger, et le nom de code de la fréquence radio d'urgence, une initiative personnelle et purement altruiste qu'il a lui-même mise sur pied après avoir constaté l'exécrable qualité des communications radio pendant les courses sur la péninsule, alors qu'il était membre de l'équipe de ravitaillement mobile de Bill Stroppe en 1972.

 

Steinberger, un spécialiste des communications radio, a décidé de régler le problème en installant des ballons météorologiques (weather balloons, d'où weatherman!) équipés d’antennes pour relayer les ondes radio plus efficacement.

 

Il a par la suite fondé PCI Race Radios et, avec sa famille, a dirigé les communications radio de toutes les Baja 1000 depuis et de centaines d’autres courses, en envoyant des secours aux pilotes blessés ou en panne ou en guidant les pilotes perdus. Quand ça va mal, on est content d’entendre Weatherman!

 

Écouter le canal radio en direct sur Youtube durant la Baja 1000 est une expérience étourdissante et parfois troublante. Mais Weatherman est toujours là pour vous envoyer de l'aide ou donner des nouvelles de votre voiture à votre équipe de ravitaillement.

 

Décédé en juin dernier à l'âge de 80 ans, Bob Steinberger a passé les commandes à son fils Scott qui portera le nom de Weatherman pendant une autre génération pour continuer la tradition.

 

Merci spécial à Scott Steinberger pour m'a voir donné la permission d'utiliser les photos de son père pour l'article.

 

 

 

Patrimoine ou patrimoine en devenir, la course a même créé des traditions partagées par la communauté. Comme le tracé du 50e anniversaire passe par plusieurs de ces endroits patrimoniaux, voyons-en deux qui sont très propres à la Baja 1000.

 

Race mile 130 : Mike’s Sky Ranch

 

En plus de la traversée Ensenada-LaPaz, à elle seule une tradition de longue date de la course, la Baja 1000 de 2017 passe tout près de Mike’s Sky Ranch : un hôtel au milieu de nulle part, mais tout de même fréquenté à l’année.

 

Mike Leon a ouvert son ranch en 1967 et l’endroit est devenu un point de ralliement par lequel presque toutes les courses vers La Paz sont passées. Leon a participé plusieurs fois à la course, et a même remporté la classe Mini-Pickups en 1984. C’est encore de nos jours le point de rencontre des plusieurs grands noms du sport.

 

 

 

L’hôtel est toujours ouvert et offre une vingtaines de chambres avec repas et bar. Mais la génératrice est éteinte à 22h et il faut une moto ou un véhicule tout-terrain pour s’y rendre. Bref, possiblement le paradis.

www.facebook.com/mikes.skyrancho

 

 

 

 

Race Mile 320 : Coco's corner

 

La tradition d’installer un point de contrôle de la course chez Coco’s Corner aux abords de l’autoroute 5 remonte à très longtemps, et c’est une attraction populaire de Baja.

 

Cette année, le premier checkpoint officiel de la 50e Baja 1000 est chez Coco, à un peu plus de 320 miles du départ.

 

Google Maps nous l'identifie comme un endroit historique... jugez par vous-même!

 

Henry «Coco» Corrales a perdu ses jambes à cause du diabète, mais il tient toujours l'endroit et est toujours heureux de voir débarquer les curieux pour les faire signer dans son livre des visiteurs. Il en a rempli une dizaine jusqu'à maintenant.

 

Coco vend de la bière (froide) et des boissons gazeuses. C’est même un bon endroit pour voir la course, puisque plusieurs équipes choisissent d’installer leurs puits de ravitaillement dans le coin. Idéal pour faire le plein pendant un changement de pilote à la mi-course.

 

 

 

Bref, la course célèbre à sa façon l'histoire de la péninsule mexicaine de Baja en passant par plusieurs villes comme Cabo San Lucas, et par plusieurs lieux historiques comme la mission jésuite de San Ignacio (elle passe directement devant, en fait). Mais la course a une valeur patrimoniale en soi, qui s'incarne dans ses participants et dans les traditions qui se sont transmises depuis 1967 dans les communautés le long du parcours.

 

La Baja 1000 commence le mercredi 15 novembre à minuit et se termine le samedi 18 novembre à minuit. C'est une course difficile à suivre puisque la couverture en direct sur de telles distances dans un coin aussi reculé que la Baja est extrêmement difficile, mais c'est possible :

 

  • Le site officiel de SCORE International offre un livestream.

  • Trackleaders offre des cartes avec mises à jour GPS de plus de 400 participants.

  • Le canal radio de Weatherman sera en direct.

  • Fishgistics affiche des vidéos et des photos de la course en direct et donne des nouvelles de l'avancement des participants.

  • Le hashtag #baja1000 sera populaire sur Twitter et Facebook.

 

Bonne course!

 

 

Jean-Philippe Côté

Passionné par l’histoire de l’automobile et des sports motorisés, Jean-Philippe Côté adore se lancer dans des recherches approfondies sur des sujets loufoques ou peu communs, et va impliquer les acteurs de ces communautés pour les laisser raconter leurs histoires. Il planifie aussi son propre voyage sur la péninsule Baja en 2018, et pense qu’il devrait probablement apprendre l’espagnol...éventuellement.

 

 

 

 

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