L'urbanisme au service du patrimoine!

06/07/2017

 

Quel rôle pour l’urbanisme en matière de conservation du patrimoine?

 

Au Québec, plusieurs villes ont réalisé l’importance d’investir dans la revitalisation de leur centre-ville et de leurs vieux quartiers au cours des dernières années. Le patrimoine urbain est un atout sur lequel il est effectivement avantageux de miser. Mais préserver le patrimoine ne devrait pas se résumer à protéger un lieu contre une modification néfaste de son cadre bâti. Il faut également réfléchir sur son intégration aux dynamiques actuelles et futures de la ville. D'où l’importance d’avoir une approche intégrée entre conservation du patrimoine et urbanisme.

Urbanisme et patrimoine urbain : une relation évolutive

 

L’urbanisme est une discipline qui nait à une époque où la croissance rapide des villes, portées par la révolution industrielle, génère une urbanisation désordonnée du territoire. L’une des préoccupations majeures est alors la qualité de l’environnement bâti des villes, souvent synonyme d’insalubrité et de pauvreté. Dans plusieurs cas, la solution adoptée sera celle de la démolition pure et simple des vieux quartiers, puisque la notion de patrimoine urbain est encore bien loin d’être au coeur des préoccupations.

 

Au début du 20e siècle, la relation entre urbanisme et patrimoine commence toutefois à changer. On réalise que les monuments historiques, mais également les ensembles urbains anciens, se doivent d’être épargnés des développements de la ville moderne, et ces lieux doivent être protégés grâce à des mesures adéquates. On s’intéresse alors surtout à protéger la dimension matérielle du patrimoine. Autrement dit, on déploie des efforts pour préserver la vieille ville comme on le ferait d’un objet muséal, sans toutefois que ces mesures ne garantissent le maintien du dynamisme et de la vitalité nécessaires à tout milieu de vie prospère. Patrimoine et urbanisme, à cette époque, sont deux éléments qui évoluent en vase clos, indépendamment l’un de l’autre. Le premier s’applique à la ville ancienne, le second à la ville moderne. Dans le Vieux-Québec, ce constat est particulièrement frappant, tout comme les conséquences qui ont découlé de cette dualité.

 

Le cas du Vieux-Québec, ou quand les outils de protection de suffisent pas

 

Classé arrondissement historique depuis 1963, le Vieux-Québec a subi au fil des ans de nombreux problèmes pour lesquels les mesures de protection du patrimoine ont été incapables de répondre adéquatement. En fait, la vieille ville donne aujourd’hui l’impression d’être devenue un musée à ciel ouvert, où le patrimoine est mis en scène alors que plus personne ne l’habite. Depuis qu’il bénéficie d’un statut de protection, le Vieux-Québec a effectivement vu sa population diminuer drastiquement, passant d’un peu plus de 10 000 résidents en 1961 à moins de 5000 en 2011.

 

On s’aperçoit que bien que la vieille ville était protégée sur le plan patrimonial pendant cette période, les autorités municipales ont tout de même pris de très mauvaises décisions sur le plan urbanistique. Ces décisions se sont avérées néfastes pour la population du Vieux-Québec et, par extension, pour son patrimoine bâti. D’abord, son environnement immédiat a été grandement défiguré au fil des ans. Les faubourgs Saint-Jean, Saint-Roch et Saint-Louis ont subi de nombreuses démolitions pour laisser la place aux édifices de la Colline parlementaire et aux grandes infrastructures routières servant à desservir le centre-ville. Cette rupture dans le tissu urbain de la ville a contribué à accentuer l’isolement de la ville intra-muros du reste de son environnement.

 

C’est sans compter l’importante pression touristique qu’a subi le Vieux-Québec, et qui n’a pas toujours été gérée dans le respect des besoins de ses résidents. Dans ce quartier destiné à plaire aux visiteurs et aux voyageurs, une majorité de commerces sont désormais constitués de boutiques de souvenirs, de restaurants et de bars. La hausse des prix et la baisse de services de proximité auxquels les résidents ont été confrontés en ont découragé plusieurs à rester ou à s’installer dans la vieille ville. En résumé, l’absence d’une réflexion urbanistique sur le Vieux-Québec a fait en sorte qu’il a perdu, au fil des ans, ce qui lui permettait de constituer un milieu de vie à part entière.

 

Pour une approche intégrée de l’urbanisme et du patrimoine

 

Cette réflexion permet de dresser un parallèle avec les propos du Britannique Graham Fairclough, chercheur et universitaire spécialisé en patrimoine et paysage culturel, qui met en lumière la différence entre ce qu’on pourrait appeler « l’ancien » et le « nouveau » patrimoine. Contrairement à l’ancien patrimoine qui vise à protéger la matérialité du bien, le nouveau patrimoine est une approche qui met l’accent « sur le contexte plutôt que sur l’objet en soi ». Il s’agit, en d’autres mots, de réfléchir non seulement à la protection d’un bien, mais également à ce qui participe à sa vitalité économique, environnementale et sociale. Cette réflexion urbanistique sur le fonctionnement du lieu, sur ce qui en fait un espace de qualité pour ses habitants, est un plaidoyer pour la mise en place d’une approche intégrée entre conservation du patrimoine et urbanisme.

 

L’urbanisme ne peut donc plus ignorer le rôle clé qu’il doit jouer dans la mise en valeur de notre patrimoine urbain. Le cas du Vieux-Québec nous a permis de voir les limites d’une protection d’un quartier ancien qui ne s’accompagne pas de mesures adéquates pour garantir un développement urbain cohérent. Car en matière de patrimoine, la protection seule ne suffit pas. Il faut aussi assurer une évolution harmonieuse et réfléchie de l’espace, pour le bénéfice de la population qui l’habite. C’est une tâche qui doit dès maintenant interpeller les urbanistes.

 

Félix Rousseau

 

Détenteur d’un baccalauréat en urbanisme, Félix poursuit actuellement des études de deuxième cycle en conservation du patrimoine bâti à la Faculté de l’aménagement de l’Université de Montréal. Plus que des vieilles pierres, le patrimoine urbain constitue pour lui un modèle d’aménagement dont les villes devraient s’inspirer pour créer des milieux de vie durables et à échelle humaine.

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