Les Acadiens du Québec : des origines tricentenaires

01/06/2017

 

Depuis mon plus jeune âge, je me suis toujours intéressée à l’histoire de l’Acadie et à ce coin de pays, tout comme à ses gens, ses accents, sa culture et sa musique. Pourtant, je suis Québécoise. Du moins, je n’ai jamais familialement vécu dans la culture acadienne. Cependant, j’ai toujours eu une curiosité assez développée en ce qui a trait à mes origines.   Récemment, en faisant mon arbre généalogique, j’ai découvert que j’avais des ancêtres acadiens venus se réfugier au Québec après la Déportation de 1755. De ce fait, j’ai commencé à m’intéresser davantage au patrimoine qu’ont légué les Acadiens au Québec, d'hier à aujourd’hui.

 

Les origines acadiennes des Québécois : un phénomène peu connu 

En effet, le patrimoine acadien au Québec reste une réalité très peu connue des Québécois. Pourtant, on estime qu’environ 50% des Québécois auraient des origines acadiennes. Ce nombre varie selon les régions québécoises, mais reste sensiblement consensuel entre le peu d’historiens ayant traité de la question. Mon hypothèse quant au fait qu’une majorité de Québécois ignorent leur ascendance acadienne est que les origines communes et les nombreuses ressemblances entre les deux peuples ont fait en sorte que la plupart des Acadiens installés au Québec après la déportation ont simplement fini par devenir Québécois avec les générations.

 

L’arrivée des Acadiens au Québec : un historique sur près de trois siècles

À partir de l’année 1755, les Britanniques entreprennent une opération d’expropriation massive des francophones de l’Atlantique restés fidèles à leur conviction de neutralité et refusant subséquemment de prêter serment d’allégeance à la couronne britannique. Pendant plus de cinq ans, les Acadiens sont répartis dans les multiples colonies de la Nouvelle-Angleterre ainsi qu’en Europe. Au total, environ 12 000 Acadiens sont déportés de leurs terres respectives de Nouvelle-Écosse et de l’Île Royale. Suite à ces événements, la colonie canadienne, située dans la vallée du Saint-Laurent, accueille plusieurs familles acadiennes ayant réussi à s’enfuir. Dans les deux décennies qui suivent le début de la déportation, plus de 2600 Acadiens immigrent sur ce territoire. 

 

Plusieurs Acadiens restent temporairement à Québec et retournent dans la province actuelle du Nouveau-Brunswick après la guerre. D’autres décident de rester au Canada et de s’y établir. Il existe cinq principales régions québécoises dans lesquelles s’installent les Acadiens pendant et après la déportation : Bellechasse, Lanaudière, Gaspésie-Îles-de-la-Madeleine, Côte-Nord et Bas-Saint-Laurent. Presque toutes les régions du Québec actuel sont concernées par le peuplement acadien.

 

Le patrimoine acadiano-québécois : généalogie et géographie

Les regroupements acadiens formés dans les contrées québécoises s’appellent des petites Cadies. Au fil des années, on note la fondation de plusieurs villages par des Acadiens ou leurs descendants, notamment Saint-Gervais et Saint-Grégoire dans la région de Bellechasse. Aux environs de l’actuelle ville de Saint-Jean-sur-Richelieu en Montérégie, un village appelé L’Acadie est fondé par des Acadiens au XIXe siècle. En construisant mon arbre généalogique, j’ai appris que certains de mes ancêtres provenaient de cet endroit. En effet, j’ai pu repérer plusieurs mariages entre des Acadiennes dont les parents avaient été déportés et des Canadiens (Québécois) de mes deux lignées directes, déjà établis à cet endroit.

 

J’étais ravie d’apprendre la présence d’Acadiens dans mon arbre généalogique et que l’histoire acadienne était reliée plus que je ne le pensais à celle du Québec. J’étais (agréablement) surprise d’apprendre que la moitié des Québécois avaient des origines acadiennes et je l’étais encore plus de savoir que les Acadiens avaient contribué à la défense de Québec lors de la bataille de 1759.

 

Comme je croyais être « la seule Québécoise » à affectionner l’Acadie, j’étais d’abord déçue de voir le peu d’importance qu’on accordait au patrimoine acadien au Québec, mais rassurée par la suite par le récent regain de l’intérêt pour la chose par certains auteurs québécois et acadiens. En 2010, un documentaire de Radio-Canada réalisé par le cinéaste acadien Phil Comeau consacre deux épisodes d’une heure chacun à l’histoire et le patrimoine des Acadiens du Québec. En 2014, l’auteur québécois André-Carl Vachon publie un ouvrage sur les origines de la présence acadienne au Québec et apporte des faits inédits quant au nombre d’Acadiens déportés et de Québécois d’origine acadienne.

 

De plus, il existe encore certaines régions du Québec où le patrimoine acadien est resté considérable, comme la paroisse de Saint-Jacques-de-la-Nouvelle-Acadie dans Lanaudière, où les gens célèbrent chaque année le 15 août (la Fête nationale des Acadiens) et où l’on peut apercevoir la présence de multiples drapeaux acadiens à l’année dans plusieurs villages. En Gaspésie, plus précisément à Bonaventure, il existe le Musée acadien du Québec qui a pour mission de faire connaître l’histoire acadienne aux Québécois.

Pour de plus amples informations, voir les sources suivantes :

 

ARSENAULT, Bona. L’Acadie des Ancêtres : avec la généalogie des premières familles acadiennes, Québec, Université Laval, 1960, 400 p.

 

CYR, Louise. « Les Acadiens au Québec : la volonté de durer », Présence acadienne, Éditions Continuité, 61 (1994), pp. 35-39.

 

VACHON, André-Carl. Les déportations des Acadiens et leur arrivée au Québec, 1755-1775, Tracadie-Sheila, La Grande Marée, 2014, 220 p.

 

Documentaire « Les Acadiens du Québec » sur Zone Doc Radio-Canada: http://acadiens.radio-canada.ca/

 

Jade Gosselin

 

Je m’appelle Jade Gosselin, j’ai 22 ans et je suis étudiante de dernière année au Baccalauréat en Histoire. Je viens de Lac-Mégantic. Je suis passionnée par la généalogie, la musique et l’histoire de l’Acadie. Je suis aussi impliquée dans la communauté LGBTQ+.

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