Petite réflexion sur le temps qui passe et la sauvegarde du patrimoine

19/05/2017

« La raison principale pour laquelle nous cherchons à préserver notre patrimoine est de préserver notre propre identité,
de nous donner un point de référence à partir duquel nous pouvons nous mesurer »
(traduction) Patrick A. Faulkner, Journal of the Royal Society of Arts, vol.126 (1978)

 

 

L’homme et son passé

 

Depuis très longtemps, l’homme rend hommage à son passé et à ses ancêtres, par la sauvegarde de ses traditions, ses mythes et son histoire. Comment peut-on définir cet attachement au passé ? Comment et pourquoi sauvegarder certains éléments ? Est-il important de transmettre aux futures générations ? Le temps passe et apporte des changements dans les mentalités face à ces questions et ces changements ont  inévitablement des effets sur la façon de préserver notre passé.

 

Le sentiment du passé (sense of past) prend sa place progressivement dans l’histoire. Autour du XVIIe siècle, la sauvegarde du patrimoine n’était pas systématique (n’y de nos jours d’ailleurs, quoique en général mieux régie par des lois). Par exemple, en Angleterre, la destruction des édifices médiévaux était fréquente, car ils ne correspondaient pas au goût du jour. C’est seulement depuis la moitié du XIXe siècle que de nombreux pays s’intéressent à la sauvegarde de leur patrimoine. L’attitude envers la préservation change avec le temps, selon les modes, selon ce qui est considéré comme important pour les futures générations.

 

Différents objets et différents moments de l’histoire peuvent être professionnellement interprétés, mais le public doit aussi pouvoir en jouir. Peu à peu, les gens prennent conscience de leur passé comme une fonction du temps et comme une expérience collective. Le patrimoine ne doit pas être scientifique pour être intéressant. De nos jours, il ne faut pas reculer  très loin dans le temps pour trouver une valeur historique, symbolique et même financière aux objets dits « anciens». Même les trésors des années 70 peuvent avoir une valeur patrimoniale.

 

Le temps qui passe

 

Le temps est une invention et une fascination humaine. Dans mes pensées, le passé, présent et futur se défilent comme dans un jeu de serpents et échelles. Dans les disciplines historiques, une ligne du temps divise les courants et  les époques. Le concept du temps est alors très important, entre autres, pour introduire une certaine trame narrative. Avec l’invention de l’horloge et de la montre, l’industrialisation et les nouvelles technologies, le temps est devenu régulé et plus précis. Il est devenu de plus en plus présent.

 

Le temps est un concept bien ancré. Nous vivons dans une ère où le présent prend de plus en plus de place, et en laisse de moins en moins au passé, et même au futur. Nous sommes hantés par un présent autosuffisant qui transforme nos façons de réfléchir à ce qui était, et ce qui viendra (ce que certains appellent le présentisme).

 

Depuis plusieurs années, le concept du temps a été altéré par les nouvelles technologies, voire les médias. Que ce soit le Web, les réseaux sociaux ou les chaines spécialisées qui diffusent les nouvelles 24 heures sur 24, ces plateformes ont une capacité de restreindre l’espace-temps et de mettre l’accent sur le présent, l’instantanéité et l’éphémère.  Nous perdons peut-être tranquillement notre habileté à mettre les événements dans un contexte temporel ou historique (mais cela nous empêche pas d'en découvrir d’autres).

 

Passé, présent, futur

 

Le rythme du présent et les avancements technologiques nous offrent, selon moi, d’autant plus de raison et de manières de préserver notre passé et notre patrimoine. Sa destruction amènerait plutôt une perte de repères. Les sujets de conservation changent selon les époques. On sauvegarde au présent ce que l’on croit être utile pour les générations futures donc, le passé et le présent doivent être en symbiose pour qu'on puisse faire des choix éclairés et trouver un équilibre entre les symboles publics et les scènes familières à préserver. Car évidemment, nous ne pouvons pas tout conserver!

 

La mémoire, l’histoire et l’identité coexistent dans le passé et le présent que l’on en prenne conscience ou non. Le besoin de préserver un paysage naturel ou industriel, des monuments ou un artefact nous ramène à une identité collective qui se vit au présent et se transforme dans le futur. Chaque génération s’y retrouve et peut y donner un sens propre à son identité. Malgré notre fascination pour les choses du présent, je crois que la sauvegarde de notre patrimoine, peut apporter un sens à la vie, du moins, pour la plupart de nous.

 

HARTOG, François. Régimes d'historicité : présentisme et expérience du temps, Paris, Points, 2012, 321p.

 

LOWENTHAL, David et Marcus BINNEY, dir. Our Past Before Us: Why Do We Save It? London, T. Smith, 1981, 253 p.

 

ROBERTSON, Jean et Craig MCDANIEL. Themes of Contemporary Art: Visual Art after 1980, New York: Oxford University Press, 3e edition, 2005. 395 p.

 

 

 

 

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