Râpe, râpé & poutine : délicieuse cuisine acadienne!

24/02/2017

 

Mon héritage acadien est très important et il fait partie de ma personnalité et de mon identité. Je ne saurais pas dire si le fait que j'adore manger est une caractéristique de cet héritage, mais une chose est sûre: j'adore manger les mets typiquement acadiens! Après la Déportation de 1755, il y a eu une perte de traditions populaires acadiennes, mais leur cuisine typique ne s’est pas amoindrie pour autant. Avec comme base la pomme de terre, les Acadiens ont inventé des plats simples, mais originaux qui ont nourris de nombreuses générations à travers les siècles.

 

Un outil essentiel, deux mets incontournables

Les Acadiens ont fabriqué un outil simple et efficace pour les aider dans leurs recettes: la râpe. Ce qu'on appelle la râpe acadienne était fabriquée avec des matériaux de la maison, comme des sections de chaises ou des plaques d’immatriculation non utilisée. Il s'agit donc d'une plaque métallique perforée, que l’on appose sur deux manches de support. Au fil du temps, elle est bien sûr passé de la râpe artisanale à celle mécanisée. Mais pourquoi l’utilisions-nous, et ce encore aujourd’hui?

 

 

Pour cuisiner des plats acadiens délicieux, soit la poutine râpée et le râpé. Surtout retrouvée dans le Sud-Est du Nouveau-Brunswick, la poutine râpée est une boule de patates râpées, de la grosseur d’une balle de tennis, avec dans son centre du porc ou du lard salé. Elle est cuite entre une et deux heures dans l’eau bouillante, lui donnant ainsi une texture gluante. Ça semble étrange, mais c'est terriblement délicieux! Nous ne connaissons malheureusement pas l’origine de ce repas intriguant. L’une des histoires d’origine remonterait à l’immigration allemande à Moncton où les «knôdles» allemands, qui ressemblent beaucoup à la poutine râpée, auraient été introduits aux Acadiens. Dans la même lignée, le râpé ou la râpure se cuisine avec des patates râpées, du bacon et du pain. Des patates et du bacon, c'est toujours une excellente combinaison! Ce mélange est mis dans un plat et mis au four pour 1 h 30. Il est aussi cuisiné à l’île du Prince-Édouard et en Nouvelle-Écosse.

 

Valeur patrimoniale

À mon avis, la râpe et les mets acadiens possèdent une valeur patrimoniale importante pour la communauté acadienne. Les repas sont consommé principalement par cette collectivité et ses membres transmettent le savoir-faire qui leur est lié d'une génération à l'autre. De nos jours, les personnes âgées qui détiennent ces savoir-faire culinaires ont le pressentiment que ceux-ci s’effritent, ce qui les incitent à renouveler la transmission de la cuisine acadienne. Actuellement, les efforts de transmission intergénérationnelle sont la mesure principale pour sauvegarder et mettre en valeur les pratiques culinaires acadiennes. La râpe acadienne par contre a rapidement gagnée sa place dans les collections des musées acadiens. Cela signifie qu'en plus de sa transmission utilitaire en contexte culinaire, elle est aussi valorisé et diffusée comme un objet culturel.

 

Mise en valeur

Le patrimoine alimentaire possède le potentiel de contribuer à la continuité de la culture acadienne et à son rayonnement parmi les visiteurs. Je suggère que les musées mettent en place des séances de dégustation de mets traditionnels, en soulignant l’apport de la râpe comme objet de la culture matérielle acadienne. J’incite aussi les communautés à organiser des ateliers de cuisine aux locaux et aux visiteurs pour approfondir la compréhension de la râpe acadienne et la confection de mets typiquement acadiens. En maintenant ces traditions dans les pratiques alimentaires actuelles, la râpe et les mets acadiens créent une interaction intéressante entre l'histoire acadienne et l'identité contemporaine.

 

Particulièrement chez les touristes, ils existe beaucoup d'incompréhension et de confusion. Étant à la fois Québécoise et Acadienne, je sais de quoi je parle ! Quand les gens entendent le mot « râpe », ils imaginent souvent une râpe à fromage. Et lorsqu’ils entendent parler de poutines, ils pensent directement aux poutines québécoises. À vrai dire, les visiteurs comparent sans cesse les deux plats qui, à l'exception de la présence de la pomme de terre, sont très différents l’un de l’autre. Je pense donc que le public gagnerait à mieux connaître la valeur historique et patrimoniale de la râpe acadienne et des mets acadiens. En connaissant mieux le passé et l’importance identitaire de ceux-ci, le grand public serait plus enclin à goûter et à apprécier le patrimoine alimentaire acadien.

 

Recette de râpé

Voici un exemple de recette familialle provenant de mon arrière-grand-mère Gallant. Cette recette a été écrite selon le témoignage oral de ma grand-mère Dorina Martin-Gallant. Je souhaite souligner ici l’apport des patois acadiens, qui établit un sentiment d’appartenance à cette recette typiquement acadienne. Ma grand-mère (du Bloc Quatorze) et mon arrière-grand-mère Gallant (du village de Rosairville) faisaient cette recette. Elles sont toutes deux originaires du Nouveau-Brunswick.

 

A lire à voix haute…les textes entre parenthèses sont la traduction!

 

Quoi se con met d’dans :

15 patates

1 lbs de bacon, coupé en ptits morceaux et chuits

1 œuf

Sel et poève (poivre)

6 trenches de pain crouté, vieux mè pâ brisé (pas moisi). Moî j’garde mon vieux pain au freezer en attendant.

  • Plucher les patates, les couper en tits morceaux et les pâsser au blender (mixeur) pour fère une belle râpure, mètte de côté.

  • Fère chuire le bacon, y fo mètte le bacon chuit dans la râpure pi gârdé le grâs pour plus târd. Lâ y fo mètte l’œuf, sel pi le poève, comme tu veux, dans la râpure itou (aussi).

  • Avant de mètte le pain dans la râpure y fo le mouillé comme y fo avec de l’eau, l’essôré comme du mônde pi le défère en ptits morceaux avec nôs mins, après çâ tu peû le mètte dans la râpure.

  • Avant de mètte çâ dans le plât pi le fère chuire y fo vidé le gras dans le fond pi après tu peux mètte le mélânge de râpure pâr dessus pi le mètte dans le poèle (four). La grosseûr de ton plât, ben fo qui soî pâ mal gros… (plat de 9¨ X 14 ¨).

  • Chuire un heûre à 425° pi une demi heûre à 350°, y fo qui soi ben chuit mè pâ châqueux (Cuire une heure à 425° et une demi-heure à 350°, bien cuit mais pas trop pâteux)!

 

 

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