L'art public : objet patrimonial et patrimoine en devenir

26/11/2016

Un objet peut se définir selon sa fonction, son rôle, sa signification, sa place et l’importance qu’il occupe dans une culture, mais aussi selon ses origines et les domaines auxquels il appartient. Le tout peut changer rapidement, son statut peut passer d’une catégorie de sens, de fonction ou de symbolique à une autre. Le tout dépend de la collectivité, de la conjoncture économique et politique, des autres objets, et encore... De plus, la transmission fait subir à l'objet une transformation de forme, d’usage, d’appropriation et de sens. Quant à l’objet patrimonial, il est un objet reconnu et approprié par une communauté ; il représente sa culture. De plus, il s’inscrit souvent dans un processus de patrimonialisation, c’est-à-dire qu'il y a une démarche de sauvegarde, de conservation, de transmission et mise en valeur de l’objet de la part de la communauté.

 

 

 

Toutes sortes d’objets nous entourent au quotidien. Les objets nous transforment, influencent nos actions, nos attitudes et nos modes de vie. De plus, parce qu’on les partage, les échange et les transmet, ils agissent aussi sur nos rapports sociaux. Tous les jours, nous fréquentons, utilisons, fabriquons et contemplons les objets, et ce souvent sans réfléchir à l’impact qu’ils ont dans nos vies. Pourtant ces objets sont significatifs, ils sont remplis de valeur personnelle ou sociale. Un des objets que l’on côtoie quotidiennement dans l’espace public est l’œuvre d’art.

 

Historiquement, l’art public était plutôt défini comme un monument commémoratif ou patrimonial qui découlait d’une commande publique ou privée. De nos jours, ce genre d’objet surpasse les normes traditionnelles. L’œuvre d’art public s'intègre aux espaces, aux bâtiments et à l’environnement de façon à interagir socialement, en faisant réfléchir ses spectateurs sur une base quotidienne. Elle permet aux gens d’échanger entre eux, car elle entretient dans la société des valeurs sociales, culturelles, politiques et imaginaires. Elle tisse des liens entre les objets, la communauté et les artistes. Selon L’architecte et urbaniste Bernard Huet, les œuvres d’art public sont «les vecteurs d’une charge émotionnelle symbolique et imaginaire absolument essentielle pour la plupart des habitants des villes […] ils en deviennent la parure indispensable ».

 

Il est vrai qu’il est difficile d'imaginer une ville sans œuvres d’art ! Elles ont une aptitude à nous communiquer une mémoire, une histoire ou des références. Elles deviennent des objets conteurs, porteur de  souvenirs personnels et collectifs. Ces objets sont fondamentaux pour la construction d’une mémoire collective parce qu’ils sont des vecteurs importants des idées qui traversent nos sociétés, en représentant le passé, le présent et le futur.

 

Montréal étant une véritable plaque tournante des arts, elle offre la possibilité de découvrir la ville, son patrimoine et celui en devenir, à travers ses œuvres publiques. Plus de 100 œuvres distinguent le paysage, dont plusieurs monuments de personnage historique tel que celui de Paul Chomedey de Maisonneuve, qui témoigne de l’histoire de la ville et du Québec, ainsi que d’autres œuvres qui mettent en valeur les artistes québécois de différentes générations. Un parcours dans le Vieux-Montréal offre la possibilité de remonter des origines du 19e siècle à nos jours, dans un paysage qui nous parle à la fois d’une identité et du patrimoine passé et présent des francophones en Amérique du Nord.

 

 

Huet écrit que « l’art public ne peut se concevoir de la même manière dans la ville que dans une galerie d’art ou un musée, car il est étroitement lié à un contexte qui le conditionne et qu’à son tour il transforme ». L’art public est donc intrinsèquement lié au quotidien par sa capacité de socialiser et de transformer son environnement immédiat. Huet explique aussi que «c’est par rapport à ce patrimoine culturel que les gens se situent et organisent leur communication dans la ville ». Elle devient d’autant plus l’expérience de la communauté lorsqu’elle s’incorpore  dans le contexte culturel et historique d’un lieu.

 

 

Le Jardin de sculptures à Saint-Boniface tisse des liens depuis 2008 dans la communauté francophone du Manitoba et d’ailleurs. On y présente des œuvres permanentes et des expositions temporaires d’artistes franco-manitobains et d’autres provinces du Canada. Par la mise en valeur des pratiques artistiques francophones, il s’inscrit dans une démarche de patrimonialisation de la communauté francophone du Manitoba et d'ailleurs.

voir : http://maisondesartistes.mb.ca/jardin/apropos 

 

 

L’œuvre d’art public est présente dans  toutes sortes d’espaces: parcs, écoles, édifices, places publiques, etc. Elle existe parfois pour embellir, mais aussi pour transformer et interagir, incitant les gens à échanger sur sa symbolique, sa forme, sa matérialité, et ce, de façon positive ou négative. L’œuvre nous parle d’un concept, d’une idée, d’une histoire, mais elle tente aussi de rejoindre le plus de gens possible en laissant une place à l’imagination. Parfois elle passe inaperçue, parfois elle est un point de référence pour les habitants du quartier ou les touristes. Dans un sens, l’objet d'art public nous transmet un morceau d’histoire, tout en engageant un discours sur l’art, la culture et la société.

 

 

Allez-y, contemplez et explorez votre ville.

Les œuvres vous sont offertes, profitez-en !

 

 

Bernard Huet, « Espace public, espaces résiduels », Art et espace publics, Alain Charre (dir.), Givors : OMAC, 1992, pages 17- 21.

 

 

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