Graffiti et jeunesse : s’exprimer au-delà des murs

29/01/2016

CUTV, RIP T.A. Factory, Montréal, 2013, 2,12 min.

 

Petite définition :
Le graffiti (mot italien) a trois définitions : « Inscription ou dessin tracé sur les murailles, les monuments (des villes antiques), inscription ou dessin griffonné sur les murs, les portes, etc., et dessin analogue au tag (signature), mais plus élaboré, tracé le plus souvent à la bombe sur un support urbain. » (Le Grand Robert)

 


Dernièrement, j’ai eu un travail universitaire à faire sur le patrimoine et la jeunesse. Pour trouver un sujet, quoi de mieux que de partir d’une expérience personnelle. Et voilà : le graffiti! Je me suis alors posé la question : peut-on considérer ce mode d’expression comme patrimoine de la jeunesse? Alors, pour le plaisir, et parce que j’aime le sujet, je vous propose  de prendre un petit moment et d’y réfléchir avec moi.

 

À l’âge de 17 ans, le sac à dos plein de canettes de peinture, je suis allé avec un ami graffiteur m’aventurer dans une vieille usine désaffectée ( ''sorry mom'' ). J’étais curieuse de voir comment les graffitis étaient réalisés. Les murs en étaient tapissés de quelques-uns dignes d’être présentés au musée, d’autres de simples gribouillis qu’on appelle tag. J’étais véritablement impressionnée. Mon ami m’a expliqué qu’il y avait même une vidéo de musique d’un groupe de hip-hop montréalais qui avait été filmée dans ces lieux. Je me suis rapidement rendue compte que les graffitis étaient l’expression non seulement du graffiteur, mais d’une communauté. Cette journée-là, il a laissé sa marque. Il avait apporté son appareil photo pour photographier et partager son œuvre. C’était une façon de sauvegarder un art inévitablement éphémère. C’est alors que j’ai compris que le graffiti s’exprime au-delà des murs…

 

​​Le graffiti existe depuis les premières marques sur les grottes de Lascaux et depuis celles gravées sur les murs de Pompéi. Il est un mode d’expression artistique et poétique qui s’est transformé à travers les époques. Au XXe et XXIe siècle, ces écritures murales sont souvent identifiées à un mode d’expression de la jeunesse. Un métissage d’art et de vandalisme, plusieurs diront que le graffiti transporte une connotation négative. Certaines municipalités ont même trouvé des moyens de confiner la pratique en y réservant des lieux et des espaces, bien que certains disent qu’ils lui enlèvent son authenticité. Cet art éphémère est une représentation importante de la jeunesse. Le graffiti est une pratique de rébellion et de contestation qui marque souvent un passage ou une transformation importante du jeune à la vie adulte. Le graffiti rassemble certains groupes de jeunes, il leur donne une liberté d’expression et leur permet de se reconnaîre et de transmettre certaines valeurs propres à leur génération.

 

Néanmoins, il  reste un sujet tabou, voire dénigré par certains qui le voient seulement comme un acte de vandalisme. Pourtant, depuis quelques années, le graffiti gagne en popularité dans les recherches universitaires qui tentent de démontrer le rôle important qu'il a joué dans l’histoire des sociétés. Ces travaux reconnaissent que les graffitis ont un apport artistique, mais aussi qu’ils sont un moyen de communiquer, de s’identifier et de créer des communautés.
 


Les graffitis que l’on connait se sont surtout développés en popularité à New York dans les années 80.  Des jeunes artistes qui ont commencé dans la rue ( Jean-Michel Basquiat, Keith Haring) ont même fait une place aux graffitis dans les musées. Avec le temps, de nouveaux graffiteurs de partout sur la planète ont été inspirés. Cette forme d’art permet des relations entre les jeunes (et moins jeunes évidemment) de différentes villes, voire différents pays. On peut penser aux graffitis qui se trouvent sur les trains et qui voyagent de quartier en quartier, permettant parfois aux graffiteurs de se saluer d’un bout à l’autre de la ville et de se reconnaître entre eux.

 

Et pourquoi penser le graffiti comme patrimoine de la jeunesse ? Peut-être parce qu'il est transmis et approprié par les jeunes. De plus, comme j'ai mentionné plus haut, c'est aussi une affaire de communauté, qu'elle soit locale, nationale, voire internationale. Les jeunes reconnaissent aussi ceux qui ont été là avant eux, l’histoire du graffiti et son évolution. Ces jeunes partagent un dialogue avec le monde entier, partagent leur expérience, leurs valeurs, leurs craintes, bref leur besoin de s’exprimer et de se faire écouter. Leurs œuvres restent peut-être éphémères, mais la forme expressive demeure et se transmet. De plus, les graffiteurs adoptent même leur propre système d’archivage et de conservation de la tradition du graffiti et de sa culture. La photographie et le documentaire sont des outils de sauvegarde instigués par la communauté de graffiteurs elle-même. Et évidemment, le partage des œuvres sur Internet témoignent d’un désir de visibilité et de transmission. À travers les années, les communautés de graffiteurs ont même créé des pétitions (ex. : Five Pointz et le cas Banksy) pour la sauvegarde des espaces de pratique et de certaines oeuvres.

 

En terminant, je dirais qu’il serait intéressant de voir une exposition sur le graffiti  dans un musée de société. Son histoire pourrait nous en apprendre beaucoup sur l'art, l'espace urbain, la société et l’expérience de la jeunesse, et surtout, sur une culture qui ne cesse d'évoluer, que l'on aime ou pas.

 

Évidemment, ce n'est qu'un petit survol du sujet. Si le graffiti vous intéresse davantage, voici quelques suggestions intéressantes :

 

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Sites

Lectures

 

 

 

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